HISTOIRE   de  LAY  en ROANNAIS

De gueules à trois chevrons d'or

            « La ville de Lay, située sur une éminence, était autrefois close et ceinte de bonnes et hautes murailles et tours de défenses pour la main, ce qui fait croire que c'était une forteresse et lieu de garnison, comme il a paru pendant les guerres civiles ; maintenant les murailles s'en vont en ruines et ont plusieurs brèches. Elle est à trois lieues de Perreux et sur le grand chemin de Paris à Lyon. Ses ruines ont donné accroissement au bourg de Saint Symphorien qui porte le surnom de Lay. Ce terroir est un pays bon à blé. Le nombre de ses habitants s'est accru jusques à six ou sept vingt feux. Dans la ville est le siège de justice de toute la châtellenie, en un auditoire du tout ruiné depuis vingt années, ainsi que les prisons ».

            « Les foires, au nombre de cinq en l'année, et les marchés aux jours de lundis, se tiennent dans ladite ville sous une halle assez passable ; il y a quelques marchands de draperies, mais la plus grande partie des ouvriers travaille au tissage des toiles, futaines ou serviettes. » (1665).

Ces lignes, extraites de l'histoire du Beaujolais de Louvet, prouvent qu'au milieu du XVIIème siècle, le régime féodal s'était transformé abondamment en faveur du roi et des grands seigneurs de la maison royale partie de ses prérogatives. De là, deux parties dans cette monographie : le Moyen Age et l'ère moderne. Relativement à Lay, ces deux périodes pourraient être caractérisées en deux mots : périodes militaire et économique, car dans la première, Lay, « petite ville murée » joue un rôle militaire important, alors que dans la seconde sa prospérité économique s'affirme et se développe.

L'origine de Lay se perd dans la nuit des temps ; mais on ne saurait dire si son nom rappelle une villa gallo-romaine ; quelques fragments de poterie et de tuiles à rebords ainsi que des substructions découvertes au milieu du siècle dernier ne donnant pas des indications suffisamment fermes et précises.

Dans le Xème siècle, l'écharpe de l'abbaye de Savigny mentionne le « mas de Lay », et, au siècle suivant, on constate que cette localité était la propriété d'une puissante famille chevaleresque qui en portait le nom. Plusieurs chefs de cette famille, appelés Aymons, sont célèbres par leurs démêlés avec l'abbaye de Savigny. Certains d'entre eux revendiquèrent leurs droits les armes à la main, et exercèrent des déprédations sur le prieuré de Régny et les fermes bénédictines que l'abbaye possédait dans la région. Vers 1120, enfin, la maison de Lay ayant donné un abbé à Savigny, un accord intervint entre lui et son frère Aymon.

Dès le XIIème siècle, Lay était une dépendance de la terre de Beaujeu. Située à l'extrémité du Beaujolais, sur les confins du Forez, elle fut souvent le théâtre des combats que se livraient les sires de Beaujeu et les comtes de Forez, et parfois aussi victime des incursions que les seigneurs du voisinage faisaient sur les terres ennemies.

C'est dans ce but de protéger cette partie de leurs terres que, dès 1230, les sires de Beaujeu firent foi et hommage au duc de Bourgogne pour les villes de Perreux, Thizy et Lay et pour plusieurs châteaux forts échelonnés non loin des limites du Beaujolais et du Forez. La protection de ce puissant suzerain fut efficace et, pendant deux siècles (1230-1407) Lay et quelques places voisines relevèrent du duché de Bourgogne .

Pendant cette longue période, Lay était devenue une place importante puisque Guichard, sire de Beaujeu, en fit le siège de la quatrième prévôté du Beaujolais. La juridiction du prévôt de Lay s'étendait non seulement sur la ville, mais aussi sur Saint-Symphorien, Neaux et partie de sept paroisses voisines ; il jugeait de plus, en premier ressort, les appels des justices seigneuriales et exerçait la haute justice sur les terres du prieuré de Régny, déléguait son autorité et ses pouvoirs à son prévôt de Lay. Celui-ci faisait exécuter les jugements portant peine de mort ou mutilation du corps et recevait en compensation une partie des amendes provenant des condamnations.

Avec une juridiction aussi étendue, les revenus de la châtellenie de Lay étaient considérables, aussi fût-elle successivement donnée en douaire à Jeanne de Montfort (1279), Jeanne de Châteauvillain et Marguerite de Poitiers (1368), dames de Beaujeu.

A cette époque déjà, Lay jouissait depuis un quart de siècle au moins de l'établissement de foires importantes. Bien que créées par le sire de Beaujeu, ces foires fréquentées excitèrent la jalousie des habitants de Charlieu, dont le châtelain royal vint un beau jour de 1333 saisir sur le marché de Lay les marchandises et objets apportés par mes marchands.

Cette violation de territoire produisit en Beaujolais une vive irritation et une plainte fut adressée au bailli de Mâcon, qui donna commission à Hugues Barthaud « pour faire une enquête au sujet de la saisie effectuée par le châtelain royal de Charlieu sur divers marchands qui se trouvaient aux foires de Lay ». L'enquête aboutit à la constatation du délit et, l'année suivante, le bailli de Mâcon rendit une sentence au profit de la dame de Beaujeu contre le châtelain du roi à Charlieu.

Peu d'années après, les foires de Lay connurent d'autres épreuves, mais cette fois la saisie de certaines marchandises fut opérée par le sire de Beaujeu lui-même, sous prétexte que la totalité des droits n'avait pas été payée. Comme il s'agissait du suzerain de Lay, l'affaire traîna en longueur et ce fut seulement en 1349 que Jeanne de Châteauvillain, dame de Beaujeu, « donna quittance générale pour des indemnités par elle payées à divers particuliers dont les marchandises avaient été saisies à l'époque de la foire de Lay par les gens de feu Guichard, sire de Beaujeu, son mari ».

C'est pendant ces difficultés que la ville de Lay changea entièrement d'aspect.

Dans le but d'échapper aux vexations du châtelain de Charlieu, aussi bien qu'aux exigences injustifiées de leur seigneur le sire de Beaujeu, en 1339 d'abord, puis en 1345, les habitants sollicitèrent l'autorisation de clore leur ville, demandant, en retour, l'exemption temporaire de certains droits féodaux et la concession de quelques privilèges urbains. Le sire de Beaujeu, Guichard, puis Jeanne de Châteauvillain, douairière de Beaujeu et dame de Lay, donnèrent l'autorisation sollicitée et les habitants se mirent à l'ouvre. Les travaux furent poussés activement pour le temps et terminés vers 1349, date à laquelle la dame de Lay achevait de payer aux particuliers les terrains acquis pour la construction.

Nul ne connaît l'avenir, et la communauté des habitants de Lay en faisant clore la ville ne pouvait soupçonner l'opportunité du travail qu'elle venait de faire exécuter. Bientôt, en effet, allaient commencer entre la France et l'Angleterre ces hostilités que leur durée devait faire appeler la guerre de Cent Ans.

Les premiers belligérants que l'on rencontre sous les murs de Lay furent, en 1363, les routiers commandés par Seguin de Badefol ; mais les chroniqueurs ne mentionnent aucun fait précis se rapportant à ce passage.

Il en est autrement cinq ans plus tard, lorsque les grandes compagnies revenant d'Espagne et d'Aquitaine où elles avaient fait campagne, sous les ordres du prince Noir, reparurent en Auvergne et en Forez ; l'une d'elle s'empara du château fort de Marcilly, en fit une place de refuge, poussant dans les environs des pointes hardies au cours desquelles les routiers s'emparaient du bétail et des hardes des habitants. A leur retour, ils écoulaient le produit de meurs rapines dans les marchés du voisinage, voire même à des Juifs qui suivaient les bandes.

C'est probablement une bande de ces routiers, commandée par Germain de Pomers, qui, au mois de janvier 1368, s'empara de la bonne et forte place de Lay et s'y installa. De là, après avoir rançonné la ville et exercé des réquisitions sur les marchands et tenanciers, ils visitèrent les villages, les bourgs et les châteaux des environs. Les plaintes des habitants du pays furent telles qu'elles parvinrent aux châtelains des provinces voisines et même au bailli de Saint-Gengoux, qui, « de par le Roy » somma l'archevêque de Lyon, le chapitre et les bourgeois de cette ville de le suivre en armes pour déloger les routiers qui occupaient Lay. Cette injonction resta sans effet, les intéressés ayant refuser d'obéir et interjeté appel devant le Conseil du roi, sous prétexte qu'ils n'étaient pas tenus de suivre en armes ledit prévôt et que, d'ailleurs, Lay n'était pas du domaine royal mais de la terre du seigneur de Beaujeu.

Pendant ces pourparlers, Germain de Pomers et sa bande vivaient aux dépends des habitants de la ville et de la châtellenie de Lay : lorsque le pays eut été exploité et dévasté, au point que « nul homme n'y pouvait subsister », le chef des Tard-Venus et sa « route » se dirigèrent sur Anse puis sur la Bourgogne. Mal leur en prit, car une forte troupe de gens d'armes, réunie à Semur sous les ordres du maréchal de Bourgogne, vers la fin de novembre atteignit les routiers à Semeley et les anéantit.

Dix ans après, en 1378, on trouve encore un écho de l'occupation de Lay par les routiers, dans une lettre de rémission accordée par le roi Charles V à Louis de Lorgues, seigneur de l'Aubépin, qui, « avec Louis de Charlieu et un valet, trouvèrent, assez près dudit Lay, Pierre Praynel, qui portait environ dix ou douze aunes de drap et une épée aux gens de compagnie, soit disant pour la rançon d'un certain homme qui était prisonnier d'yceux, lequel drap et épée le dit sieur de Lorgues et ses gens prirent et ôtèrent au dit Pierre », et pour ce fait furent poursuivis par la bailli de Mâcon. Le dit Pierre Praynel étant mort en prison, afin d'éviter les suites du procès, « les amis charnels de Louis de Lorgues » sollicitèrent du roi une lettre de rémission qui fut accordée pour ce que celui-ci « l'avait bien servi dans ses guerres et spécialement contre les gens de compagnie, lesquels il grevait et poursuivait chaque jour de tout son pouvoir. Pendant qu'ils occupaient la ville de Lay et faisaient guerre mortelle dans tout le pays ». (Cité par E. Petiot).

En 1387 et 1388, Lay et le pays environnant furent de nouveau visités par les Anglais et les routiers. Les détails manquent sur les méfaits des bandes anglo-gasconnes, mais les cahiers de justice ont gardé de nombreuses traces de leur passage. Ici, ce sont des plaintes et dénonciations des habitants qui accusent de vols et pilleries non seulement les Anglais, mais certains de leurs compatriotes, qui ont fait cause commune avec les ennemis ; là ce sont des poursuites exercées par le juge de la châtellenie contre « certains quidams » coupables d'avoir acheté aux gens d'armes, « malgré les défenses expresses, des hardes, bestiaux ou meubles volés dans la région ». La bande coupable de ces crimes ne devait pas être très nombreuse, car les actes du temps ne mentionnent dans le pays aucun fait de guerre important.

Au début du XVème siècle, à la mort d'Edouard de Perreux, la seconde race des sires de Beaujeu s'éteignit et le Beaujolais passa « au bon duc Loys », duc de Bourbon et comte de Forez, cousin d'Edouard.

Sous son administration vigilante et ferme, le pays jouit de quelque tranquillité, la sécurité fut rendue aux routes et les foires et marchés de Lay furent de nouveau fréquentés par des marchands venus de tous les points de la région. Cependant, cette animation n'allait pas sans quelques difficultés, attirant à Lay les mendiants, vagabonds, diseurs de bonne aventure et sorciers. Ces gens peu désirables commettaient de nombreux méfaits et apportaient parfois dans la ville les germes de maladies contagieuses. Afin de donner un asile permanent à ces malheureux et aux voyageurs que des raisons diverses jetaient sur la grande route, en 1428 un seigneur du voisinage, Gérard de Cucurieux, fonda un petit hôpital ou « maladrerie » . Mais comme les maisons de la ville étaient pressées les unes contre les autres, il l'établit au faubourg de Lay, en bordure de la grande route de Lyon à Paris, par la Roche, le Bas-de-Fourneaux et Chastin. Le fondateur dota l'hôpital et par son testament lui donna « deux lits pleins et bien garnis ».

Peu de temps après sa fondation, l'hôpital de Lay fut augmenté d'une petite chapelle dédiée à Notre Dame ; elle fut détruite pendant les guerres de religion et de la Ligue et remplacée plus tard par une église dédiée à Saint Nicolas.

Les ducs de Bourbon conservèrent le Beaujolais et la ville de Lay jusque dans la première moitié du siècle suivant.

Sous le règne de François Ier, Charles de Bourbon et Anne de France, qui possédaient la châtellenie de Lay, la délaissèrent à Philibert de Beaujeu Lignières pour le désintéresser de ses prétentions sur le Beaujolais. Philibert la donna à sa femme, Catherine d'Amboise, qui en jouit paisiblement jusqu'à sa mort, arrivée en 1549. Henri II, qui régnait alors, s'en empara sous prétexte qu'elle faisait partie des biens paraphernaux.

Le 7 juin 1558, les commissaires royaux vendirent la justice de Lay à noble Jean Dufournel, mais avec faculté de rachat, faculté qui fut exercée trois ans plus tard, le 15 janvier 1561, par le duc de Montpensier, seigneur du Beaujolais.

On était alors au début des guerres religieuses, et l'importante agglomération de Lay, située dans un pays fertile et pourvu de toutes les choses nécessaires à la subsistance d'une armée, ne pouvait manquer d'exciter la convoitise des religionnaires.

Un de leurs chefs traversa le pays en 1568, mais ce fut surtout au mois de mai 1570, que le pays eut à subir les méfaits des protestants. A cette époque, deux capitaines religionnaires quittèrent la Bourgogne et traversèrent le Beaujolais pour se joindre aux troupes de Coligny qui avait envahi le Forez. Après avoir pris Thizy, Briquemaut parut devant Lay, mit le feu aux portes de la ville et l'abandonna au pillage de ses soldats, qui saccagèrent non seulement la ville, mais encore son faubourg et la paroisse voisine de Saint Symphorien. L'un des capitaines de Briquemaut, qui commandait une compagnie de vingt-six chevaux, s'installa même à Lay, avec sa troupe, et de là alla visiter et piller les châteaux de l'Aubépin, de Vareilles et de Pesseley. Lorsque les paysans refusaient de livrer leur argent ou les produits de leurs terres, ils étaient emmenés et conduits à Lay, où, dit un témoin oculaire, ils étaient « pendus comme le furent plusieurs habitants de la ville » .

Après la mort tragique d'Henri III, la ville de Lay, suivant l'exemple de Charlieu, adhéra à la Sainte Union ou parti de la Ligue. Cette adhésion lui valut la visite de Guy de La Mure, capitaine châtelain de Saint-Maurice, ardent royaliste ; mais ses troupes, qui ne firent que passer, causèrent peu de dommages au pays.

Il n'en fut pas de même des soldats de la Ligue qui, en 1592, sous la conduite du marquis de Fortunat, et, en 1594, sous le commandement du capitaine de Murle, tinrent assez longtemps garnison dans la Ville. Les soldats indisciplinés de ces deus chefs mirent au pillage et saccagèrent la chapelle Saint-Clair où se faisait le service religieux de la paroisse ainsi que l'ancienne chapelle Notre-Dame, voisine de l'hôpital, fondée au début du XVème siècle par le Seigneur de Pesseley. Quant à l'hôpital lui-même, il avait été détruit quelques années auparavant .

II

Au milieu du XVIIème siècle, Lay était toujours le chef-lieu d'une châtellenie qui comprenait, outre la ville de Lay, le gros bourg de Saint Symphorien, le village de Sainte-Marguerite de Neaux et partie des paroisses de Boisset, Fourneaux, Saint-Just-la-Pendue, Sainte Colombe, Neulise, Vendranges, Croizet, Chirassimont, Machézal, Saint-Cyr-de-Valorges et Chambost-Longessaigne. Cette châtellenie appartenait alors à Mlle de Montpensier, cousine de Louis XIV, appelée dans les documents du temps la Grande Mademoiselle. Toutefois, les droits féodaux et les droits de justice ne rapportaient plus les beaux deniers d'autrefois parce que certaines seigneuries avaient été engagées et que plusieurs justices seigneuriales avaient été soustraites à la juridiction ordinaire.

Les documents du temps permettent de se faire une idée de l'importance de Lay à cette époque. L'agglomération se composaient de deux parties d'égale importance : la ville et le faubourg. La ville, comprise dans l'enceinte murée, comptait de 50 à 60 feux ou maisons, dominées par le campanile de l'ancienne chapelle saint Clair et de saint Eugène. Le mur d'enceinte, mal entretenu, avait un développement de 350 toises environ.

Dans cet espace étroit, les maisons étaient si pressées les unes contre les autres qu'il avait fallu construire en dehors des murailles, sur le grand chemin, une nouvelle agglomération, un faubourg selon l'expression du temps.

Au XVIIème siècle, le faubourg était devenu aussi important que la ville et comptait comme elle de cinquante à soixante feux ; et comme les jours des cinq grandes foires, le terrain attribué en ville aux marchands forains était trop exigu, on avait dû reléguer au faubourg les saltimbanques, charlatans, comédiens et diseuses de bonne aventure accourus en grand nombre.

Telle était la ville de Lay en 1650, et pendant un siècle et demi, jusqu'à la Révolution, sa vie et sa prospérité allaient résulter de son rôle administratif comme siège d'une châtellenie ainsi que de son commerce et son industrie.

L'administration de la châtellenie exigeaient un certain nombre de robins, prévôt, capitaine châtelain, juges civil et criminel, lieutenant de juge, procureurs, avocats, greffiers, commis greffier, huissiers, qui formaient la bourgeoisie. Plusieurs d'entre eux vivaient noblement, selon une expression du temps, et jouissaient des avantages conférés par un brevet d'exempt et privilégié acheté fort cher.

La plupart des causes instruites et jugées par les officiers de justice de la châtellenie de Lay concernent les affaires privées dont l'étude ne ferait que confirmer cette vérité d'expérience, à savoir que les mêmes passions agitent toujours les hommes : Quelques unes cependant méritent d'être brièvement mentionnées parce qu 'elles se rapportent à des évènements locaux, à des coutumes anciennes, ou manifestent la mentalité locale ou provinciale. Voici, dans l'ordre chronologique, quelques unes de ces causes.

Intervention des magistrats pour calmer une émotion populaire survenue dans la ville de Lay à l'occasion de l'exécution de deux condamnés à mort par contumace. Les apprêts de cette double exécution avaient produit une grande émotion dans cette petite ville, bien que les condamnés ne dussent être exécutés qu'en effigie, la maréchaussée n'ayant pu les appréhender.

En l'année 1720, la disette sévissait dans cette partie du royaume, et comme les routes étaient peu sûres, le trafic des marchandises était fort restreint. Or, un jour, il arriva à Lay un convoi destiné à la ville de Saint-Just-en-Chevalet. Les autorités locales l'arrêtèrent en raison de la nécessité du peuple, et le lieutenant civil et criminel de la châtellenie donna un certificat :  « constatant que les marchandises détaillées dans la consigne de la douane de Valence, établie à Saint-Just-en-Chevalet, ont été déchargées en la ville de Lay, chez Jacques Desvernay, marchand, pour la débite et la consommation de la dite ville ».

Joseph de Berchoux, prévôt, juge civil et criminel de la prévôté et châtellenie de Lay, rendit en 1740 une ordonnance :  « prescrivant aux propriétaires de tenir les voies et chemins à chars et charrettes en bon état, de tailler les haies le long des chemins afin que les cavaliers et gens de pied puissent passer librement, portant défense de jeter de la chaux vive pour prendre des poissons dans les ruisseaux de Gand et Ecourron, défendant également à tout joueur de foire, comédiens, charlatans et maître de blanques, de faire battre les tambours et trompettes sans sa permission, ni de débiter leurs drogues sans qu'elles aient été préalablement visitées par un maître chirurgien ou apothicaire commis à cet effet ».

L'an 1750, un règlement de police fixe ainsi le prix du pain :  « 2 sous la livre de pain blanc pur froment ou miche, 1 sou 6 deniers la livre de pain bis, aussi pur froment passé, et 1 sou la livre de pain de seigle non passé ».

En 1756, on vit beau jour arriver à Lay l'exécuteur des hautes ouvres accompagné d'un cavalier de la maréchaussée. Il s'agissait cette fois de procéder à la mise à exécution de plusieurs jugements rendus par les officiers du lieu contre deux particuliers condamnés à mort, trois condamnés aux galères perpétuelles et une femme au bannissement, le tout par contumace. Or les préparatifs nécessités par cette exécution eurent le don d'irriter le nommé Marvolin, habitant de la paroisse de Lay, d'où l'intervention du cavalier de la maréchaussée qui dressa procès-verbal.

La même année, on découvrit près des murs de Lay le cadavre d'un homme que l'on reconnut pour un contrebandier. Le procès verbal dressé à cette occasion ne s'explique pas autrement ; mais, vu la date, on peut se demander s'il ne s'agissait pas là d'un membre de cette bande de contrebandiers appelés les Enfants de Mandrin ?

En 1769, les magistrats de Lay firent une information « au sujet de la rébellion faite contre Pierre Chanelière, brigadier, Etienne Burnichon et Martin Boileau, cavaliers de la maréchaussée générale du Lyonnais, Forez et Beaujolais, de résidence au poste de Saint-Symphorien-de-Lay, par plusieurs jeunes gens de la paroisse d'Amplepuis, rassemblés au lieu de Lay pour le tirage de la milice ».

A partir de cette époque on pourrait mentionner plusieurs combats entre les jeunes gens de Lay et ceux des paroisses voisines [5] notamment avec les jeunes gens de Saint-Symphorien qui s'étaient portés en troupe à Lay pour empêcher la procession qui devait se dérouler au dit lieu.

Cependant les magistrats de la châtellenie n'intervenaient pas seulement dans les affaires criminelles et privées : ils rendaient aussi les ordonnances de police destinées à maintenir l'ordre dans la ville à l'occasion des cinq grandes foires qui se tenaient les 2 janvier, lundi gras, lundi après Quasimodo, lundi avant la Saint-Jean-Baptiste et le lendemain de la Saint-Michel. Ces foires attiraient une affluence extraordinaire de marchands e les habitants de la ville de Lay , désireux de s'approvisionner et de choisir, allaient au-devant des forains et achetaient ce qui leur plaisait. De plus, étant donné l'exiguïté de la place publique et des ruelles voisines des halles, où surtout se tenaient les marchands, la circulation était rendue très difficile dans les rues qui donnaient accès au marché. Dans le but d'éviter ces inconvénients, en 1765 le juge de la châtellenie fit proclamer et afficher un règlement de police portant « défense à tous les habitants d'aller, les jours de marchés et foires de Lay, au devant des denrées et provisions de bouche et autres marchandises qui seront en chemin pour être apportées au dit marché, dont les limites sont ainsi fixées : depuis la porte de la ville qui joint la prison jusques aux halles et tout à l'entour, sans pouvoir entrer dans les rues qui aboutissent à ladite place, à peine de confiscation et de l'amende de 6 livres ».[6]

A cette époque on voyait sur la foire de Lay une boutique en plein air et qui paraissait très achalandée. On pourrait penser qu'il s'agit d'un marchand de drogues ; il n'en est rien. La banque accessible à tous était celle du commis à la marque des toiles lequel devait tamponner et marquer non seulement les toiles apportées à la foire mais toutes celles qui étaient fabriquées dans le pays.[7] C'est dire qu'à cette époque Lay était un centre important de la fabrication des toiles dans la région.

Déjà, en 1665, l'historien Louvet écrivait que les ouvriers de Lay fabriquaient « toiles, futaines et serviettes ». Sous l'administration de Colbert, l'industrie prit un certain développement, mais dans la suite son essor fut arrêté par les guerres, la famine et les maladies contagieuses de 1694, enfin par la longue guerre de la succession d'Espagne.

Lorsque la paix eut été rendue au pays, la fabrication des toiles reprit aussitôt à Lay et dans le voisinage. Cependant on ne tissait alors que des toiles grossières, « ainsi qu'il convient, écrit un con,temporain, à des ouvriers montagnards que la seule impossibilité de ne rien faire dans les champs retient dans leurs maisons, comme des mouches à miel dans leurs ruches, et qui n'en peuvent sortir qu'aux mêmes périls ». D'ailleurs, « la main qui vient de guider une charrue, d'empoigner une pioche, de briser un roc, est encore trop agitée pour brocher adroitement une fleur, ou pour lancer une mince navette à travers une forêt de fils déliés et sensibles au point de casser sous le moindre effort ».

Vers 1760, on fabriquait dans la région « des basins assez grossiers, unis et rayés, .des espèces de toileries assez fortes pour les habits d'été du peuple, connues sous le nom de velours de gueux, coutils, grenades, brillants, fort en diable ». A cette époque deux lettres de subdélégué de l'intendance de la généralité de Lyon indiquent qu'on fabriquait à Lay et dans les environs des toiles fil et coton ; il demande même une subvention pour développer dans cette ville et le voisinage le rouet à filer le coton.

Les siamoises du Beaujolais étaient renommées :  « ces toiles étaient à chaîne de fil écru et à trame de coton. Les siamoises blanches, indépendamment de leur usage ordinaire, consistant en habillement de femmes, rideaux de fenêtres, etc. étaient employées en impressions dans les manufactures de ce genre ; ce travail avait donné naissance à la fabrication des toiles de coton, dites garots et guinées.

En 1776, le subdélégué de l'intendant chercha à introduire à Lay la fabrication des garots. Cette tentative dut réussir, car en 1782 il y avait à Lay deux maîtres teinturiers qui « ornaient de fleurs les garots, guinées et siamoises ».

Cependant les sévères prescriptions en vigueur au XVIIIème siècle nuisaient au développement de la fabrication ; en effet, les toiles produites dans le Beaujolais ne pouvaient être exposées en vente en rouleau mais seulement en plat, et ne devaient être que d'une pièce seulement, les ouvriers n'étant pas autorisés à y ajouter des coupons. Chaque ouvrier était tenu de marquer sur sa toile de quelle qualité et de quelle largeur elle était, et de mettre aux deux bouts de la pièce une marque particulière contenant son nom et son surnom, avec le nombre d'aunes dont elle était composée.

Sous le règne de Louis XVI, des prescriptions plus libérales furent édictées et, en 1780, des lettres patentes royales déterminèrent dans quelles conditions les toiles devaient être tissées dans les provinces de Forez, Lyonnais, Beaujolais. Grâce à ces mesures, les habitants de Lay et des environs jouissaient alors d'un bien-être inconnu sur d'autres points du royaume.

En 1789, en exécution des lettres patentes du roi concernant la convocation des Etats Généraux, l'Assemblée des habitants de la paroisse de Saint-Symphorien (rôle du bourg et de la ville) nomma pour la représenter Claude-Marie de Berchoux, juge, prévôt de la châtellenie de Lay ; François Louvencel, notaire royal et commissaire feudiste, Jean-Baptiste-François-Matthieu Derivoire, notaire royal.

Depuis longtemps l'agglomération de Saint-Symphorien, traversée par le grand chemin de Paris à Lyon, se développait aux dépends de la ville de Lay et celle-ci n'avait plus alors l'importance qu'elle avait autrefois.

On le lui fit bien savoir.

Non seulement l'ancienne ville de Lay, privée sous l'ancien régime du titre de paroisse, unité territoriale de l'ancienne France, ne fut pas érigée en commune, unité administrative de la France nouvelle ; mais sous la qualification de « parcelle » elle fut réunie à Saint-Symphorien et ces deux localités devinrent le chef-lieu de canton de Sain-Symphorien et Lay ».

Une nouvelle déception était réservée à ses habitants ; le 30 avril 1790, une loi votée par la Législative institua le jury en matière criminelle, attribuant aux jurés le droit de prononcer sur les faits qui lui étaient soumis et les circonstances aggravantes ou atténuantes qui les accompagnaient. Dans le but de conserver l'administration judiciaire, Lay et Saint-Symphorien s'empressèrent de désigner les membres de ce premier jury : Joseph Cholleton, Antoine Prost, Benoît Rodet l'aîné et Jean Basson, habitants de Lay ; Gabriel-Claude Dumoulin, Jacques Desvernay, Jacques Mittaud et Gilbert Janson, bourgeois et marchands de Saint-Symphorien-de-Lay. Mais bientôt après une loi nouvelle fixa le tribunal aux chefs-lieux de district du département. L'administration judiciaire de Lay, vieille de cinq siècles, avait vécu [8].

En ce qui concerne le château primitif qui abritait l'auditoire de justice et les prisons, situées dans une tour de la ville, il était en ruines au début du XVIIIème siècle, malgré plusieurs restaurations. Le juge rendait alors la justice dans son domicile privé et la prison avait été transportée dans une salle aménagée à cet effet. A vieille tour dans laquelle on enfermait jadis les prisonniers, privée de son étage supérieur, avait été couverte d'un horrible toit plat et transformée en étable à pourceaux. Grandeur et décadence !


[1] Ponce de Lay, abbé de Savigny de 1110 à 1129, circa. A. Bernard, Cartuaire de Savigny.

[2] Un traité semblable avait été signé en 1222 entre « Eude, jadis duc de Bourgogne, et Guichard, jadis sire de Beaujeu » ; le traité de 1231, passé entre Hugues, duc de Bourgogne, et Humbert, sire de Beaujeu, n'était que la confirmation du  précédent accord. (Inventaire des titres de la maison ducale de Bourbon).

En juin 1277, nouveau traité par lequel Louis, sire de Beaujeu, reconnaît que Belleville, Lay et Thizy sont de la mouvance du duc de Bourgogne. Deux ans après (1279), un arrêt condamne Louis, sire de Beaujeu, et Isabelle, sa mère, à délivrer à Jeanne de Montfort, veuve de Guy, comte de Forez, le château de Lay, et à compléter à ladite Jeanne, aux termes de son contrat de mariage, un douaire de deux mille livres de rentes en terres. L'année suivante (1280), un nouvel arrêt ordonne d'assigner la comtesse de Forez à molle livres de rente en terres, au plus près du château de Lay, dans le terre de Beaujolais, « Sive sit in regno, sive sit extra regnum ». Les débiteurs n'étant pas d'accord, au mois de juillet 1282 une transaction intervint entre Isabelle, dame de Beaujeu, veuve de Raynaud, comte de Forez, et Louis, sire de Beaujeu, son fils, par laquelle est déterminée la part de chacune des parties au sujet du douaire de Jeanne de Montfort.

En 1318, Guichard, sire de Beaujeu, reconnaît de nouveau tenir en fief du duc de Bourgogne les châteaux de Perreux, Thizy et Lay. (Titres de la maison ducale de Bourbon.)

[3] Quittance générale donnée à Jeanne de Chateauvilain, dame douairière de Beaujeu, pour des indemnités par elle payées à divers particuliers dont les marchandises avaient été saisies à l 'époque de la foire de Lay par les gens de feu Guichard, sire de Beaujeu, son mari. (Inventaire des titres de la maison ducale de Bourbon.)

[4] Cependant les habitants ne tardèrent pas à faire restaurer ces deux chapelles. On lit dans la visite oastorale faite à Lay, le 14 août 1596, par Pierre Pomier, archiprêtre à Roanne : dans la ville de Lay « avons faicte visitte de une chapelle et esglise appelée la chapelle Saint-Clair. Et après sommes allés en la chapelle de Notre-Dame de l'Hospital, hors de la ville. Lesquelles esglises et chapelles nous avons trouvées en bon estat deub, mesmes dont ce qui est nécessaire pour le service divin. » D'après le même document, les principaux habitants étaient « honneste Pierre Monteysin, marchand ; Claude Mithaud, Jehan Boutodier, Jehan Recorbel et Benoist Dugalley. »

[5] Archives de la Loire

[6] Cahiers du justice de la châtellenie de Lay. (Archives de la Loire.)

[7] Le commis de la marque des toiles de Régny était officiellement chargé de contrôler et marquer les toiles aux foires de Lay.

[8] L'histoire des fiefs et châteaux situés sur le territoire de Lay : La Forest, La Verpillière, etc. est racontée dans Les Châteaux Historiques du Roannais, nouvelle série, pages 281, 284, etc.

Tiré de «  Notice sur la Baronnie de Joux-sur-Tarare  » par Paul de Varax (1876)

 

Document fourni par Monsieur De Saint Georges de Joux-sur-Tarare, propriétaire du château

 

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...pentes rapides couvertes de bois de sapins, au dessus desquelles apparaît la tour aérienne de Boussivre. Ce village s'est nommé, d'abord, dit-on, Araara Jovis, en souvenir d'un autel dédié à Jupiter, pais Jo, ensuite Joz, et maintenant. c'est Joux-sur-Tarare. Au dessus de ses maisons, se dresse son vieux château, aux tours imposantes, dont l'esplanade est couronnée par un magnifique tilleul, vénérable Sully, couvrant de sa vaste et épaisse chevelure tout l'espace compris entre le château et l'église paroissiale.

Après avoir dépendu des seigneurs de Lay, Joux appartint ensuite aux puissantes maisons de Forez et de Beaujeu, puis il passa à la famille de Vienne, une des plus anciennes et des plus distinguées de France, enfin il fut acquis par les Villeneuve, connus depuis très longtemps à Lyon pour avoir donné de nombreux échevins à cette ville ; cette famille est éteinte, mais ses descendants par les femmes la représentent encore aujourd'hui à Joux, et ce château a le privilège de n'avoir pas été aliéné depuis environ 370 ans.

La seigneurie de Joux avait le titre de baronnie, comme ayant été l'apanage d'un cadet de la maison de Beaujeu et elle s'étendait sur les paroisses de Joux, Affoux,  Saint-Marcel-l'Éclairé, partie de Violay et de Saint-Forgeulx et nue parcelle des Sauvages.

Le plus ancien seigneur de Joux que l'on connaisse est Aimon, seigneur de Lay, vivant vers l'an 1080 ; Gébuin, archevêque de Lyon, avait donné à l'abbaye de Savigny, l'église Sainte-Marie-de-Joux avec des dîmes, terres et autres dépendances, puis il avait confirmé cette donation, étant malade, dans la cour de Saint-Nizier ; l'abbaye de Savigny possédait aussi les églises de Tarare et de Saint-Loup avec des rentes ou censives en dépendant.Aimon, seigneur de Lay et de Joux, et de plusieurs autres terres, ce qui le rendait fort puissant et redoutable à ses voisins, se crut en droit l'exiger de l'avoine et du foin des habitants de Tarare et de Saint-Loup ; Dalmais, abbé de Savigny, s'y opposa et, ne pouvant l'empêcher par la douceur, il se résolut à faire la guerre à Aimon de Lay; il alla assiéger le château de Lay, le prit avec l'aide de Dieu, dit-il, celle de saint Martin et d un comte appelé Renaud, et le fit raser. Aimon appela apparemment à son secours ses amis et alliés et il allait se venger de l'abbé, quand des amis communs s'entremirent pour les régler et les accommoder. Parmi ces arbitres se trouvait Guichard IV, sire de Beaujeu. L'abbé Dalmais, pour indemniser Aimon de la prise et du renversement de son château, des droits d'avoine, de foin et autres qu'il prétendait sur les terres de l'abbaye, lui donna 100 sols, 20 sols à sa femme et 5 sols à Hurnbert de Vigny, avec deux mas pour les tenir en fief de l'abbaye aux mêmes charges qu'il en tenait d'autres qu'il avait eus de son père. Aimon les ayant acceptés, prêta serment de fidélité à l'abbé de Savigny, se reconnut son homme et promit que, moyennant les fiefs qu'on lui donnait et ceux qu'il avait déjà, ses fils et les fils de ses fils, jusqu'à la dernière génération, prêteraient serment de fidélité à l'abbaye de Savigny et ne violeraient jamais sa promesse.

Itier II étant abbé de Savigny, Hugues, archevêque de Lyon, renouvela, vers 1088, la donation que Gébuin, son prédécesseur, avait faite à l'abbaye de Savigny, de l'église de Sainte-Marie-de-Joux. Ponce de Lay, seigneur de Joux, Aimon, son fils et Ponce, son autre fils, qu'il donna pour être religieux dans cette abbaye, y donnèrent leur consentement « pro animarum suarum remedio. »

Vers l'an 1124 , sous l'administration de Ponce de Lay, son frère Aimon, seigneur de Joux, se voyant réduit à la dernière extrémité, se départit de toutes les mauvaise coutumes et usurpations que lui et ses hommes pouvaient recevoir et faire dans la terre de Saint-Martin, dans la vallée de Joux. Aimon le fit, reconnaissant avoir auparavant mal agi et injustement.

Il paraît que la terre et seigneurie de Joux relevait originairement du comté de Forez, car, en 1273, il fut convenu que le comte de Forez aurait droit de foi et hommage sur cette seigneurie.

En 1302, Guichard VIII, sire de Beaujeu., de la race de Beaujeu-Forez, assigna des rentes à Humbert, Guillaume et Thomas, ses frères, à prendre pendant leur vie, sur la terre de Joux.

Guichard VIII eut quelques différends avec l'abbé de Savigny pour les limites de la terre de Joux qui étaient mêlées avec celles de Tarare et autres dépendances de cette abbaye. Ils convinrent de prendre des arbitres qui réglèrent, au bout de dix ans, ces limites qui servirent de bornes entre le Lyonnais et le Beaujolais. Étienne de Varennes-Rapetout, abbé de Savigny, fit une première transaction en 1309, et Hugues Aybrand, son successeur, en fit une seconde en 1319. Furent présents à cette dernière transaction Othon de Varennes, prieur de Tarare, Etienne de Varennes, prieur d'Amas, Jean de Varennes, prieur de Montrottier, messires Pierre Bressent, Mathieu de Talaru, Hugues Arrici, chevaliers, Martin de Buellas, Guy Calli, docteur ès lois, Hugues Charpinel, Zacharie de Taney, damoiseaux, Jean, fils de Girard Chassipol de Tarare et Jean Boilet, clercs, Marius Maleyne, chanoine d'Autun , Guichard de Thélis et Simon de Gletteins.

Vers 1339, Edouard Ier, sire de Beaujeu, fils de Guichard VIII, céda, au nom de ses frères, le château de Joux à Jeanne de Châteauvillain, sa belle-mère . Ce château fut ensuite assigné, le 14 mai 1343, pour faire partie du douaire de Marguerite de Poitiers, femme de son frère Guichard de Beaujeu, seigneur de Perreux.

Le mardi avant la fête de la bienheureuse Marie-Madeleine, de l'an du Seigneur 1345, fut fait, au château de Sémur-en-Brionnais, partage entre Édouard, Guillaume, Guichard, Louis et Robert de Beaujeu, fils de Guichard VIII, dit le Grand. Par ce partage, Robert eut aussitôt le Château de Joux sur Tarare et ses appartenances, et, après la mort de Jeanne de Châteauvillain, sa mère, les prévôtés de Claveyzoles et de Saint-Bonnet-le-Troncy . Furent présents à cet acte Guichard de Semur, archidiacre de Chillon, Jehan d'Essertines chevalier, maître Jehan de Paray, juge major des cours des appellations de Lyon, Guichard de Marz docteur ès-droits et Jehan de Villins, damoiseau,

Robert de Beaujeu, destiné à l'état ecclésiastique par le testament de son père, avait reçu de lui les revenus d'Arcingey, montant à 300 livres viennoises ; il ne voulut point entrer dans les ordres et reçut, comme nous avons vu, pour son apanage, les seigneuries de Joux, Claveyzoles, Saint-Bonnet-le-Troncy, et de plus Coligny-le-Neuf.

Comme toute la seigneurie de Beaujolais portait le titre de baronnie, la terre de Joux, donnée en apanage à un cadet de la maison de Beaujeu, se conserva le même titre, l'accessoire ayant retenu la nature et le nom du principal, comme il arriva aussi à Amplepuis et à  SaintTrivier-en-Dombes.

 

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